[Interview] Manu, coureur… en échasses !

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Vous l’avez peut être déjà doublé dans les pelotons  (ou inversement), du haut de ses échasses d’1m20, il est facilement reconnaissable.

Alors qu’on s’attendrait plutôt à le trouver dans la campagne landaise à garder des moutons, c’est dans les pelotons des courses pédestres de France et de Navarre qu’il se distingue.

Depuis plusieurs années déjà, Manu Cuadra court avec des échasses et rien ne l’arrête, il compte plusieurs participations à des marathons, dont ceux de Paris et du Luxembourg (meilleur temps au marathon : 3h49’’).

Jogging-Plus a voulu en savoir plus sur les motivations de ce coureur hors norme.

Interview :

Comment et quand t’es venue l’idée de courir avec des échasses : es-tu issu d’une famille d’échassiers landais* ?

Manu Cuadra : Non, je ne suis pas issu d’une famille d’échassiers. A l’âge de 9 ans, j’ai commencé les échasses au sein du groupe folklorique « Lous Cames De Boy » de Mimizan et dans les années 80 il existait dans les landes un challenge du sud ouest qui réunissait tous les échassiers coureurs des groupes folkloriques.

À ta connaissance, es-tu le seul coureur en échasses au monde ?

Non pas du tout, il y a toujours eu des courses d’échasses. Aujourd hui encore, nous trouvons des récits qui date de 1870 sur des courses d’échasses.

Est-ce que tu cours aussi sans échasses ? Si oui, es-tu plus rapide avec ou sans ?

A l’entraînement, je ne mets pas les échasses. Je suis plus rapide sans mes échasses : il faut rappeler qu’elles pèsent 2 kg chacune, ce qui représente un handicap en plus.

À quelle fréquence t’entraînes-tu avec tes échasses ? Et sans échasses ?

Je m’entraîne environ 5 fois par semaine, tout confondu, et suivant la météo.

Tes échasses ont-elles été adaptées pour la course à « pied » ou sont-elles identiques à celles des bergers Landais du 18ème siècle ?

Oui bien sûr. Les échasses de course ont les chaussures directement vissées sur le support du pied, ce qui permet de ne pas avoir le pied sanglé contrairement aux échasses de danse et de folklore.

Est-ce stable ? Le risque de chute est-il élevé ? Comment t’en sors tu en cas de chute ?

Tout est question d’équilibre. La chute est la première chose que l’on apprend : il faut savoir rouler sans mettre les poignets en avant. Quand la chute survient, nous n’avons pas d’autre choix que de subir.

Comment choisis tu les courses auxquelles tu participes ? Peux tu courir en échasses sur tout type de terrain (route, course nature, course de côtes, etc.) ?

Le type de terrain est le premier critère : avec les échasses, je ne peux courir que sur du bitume, donc pas de trail. Ensuite, je choisis en fonction de la convivialité du public, des organisateurs, etc. Certaines courses sont réputées pour avoir un bon public, ce qui motive énormément. Après c’est un tout, je ne cours pas pour la gagne mais pour me faire plaisir avant tout, et faire connaitre les échasses et la tradition landaise.

En général, comment réagissent les coureurs quand ils te voient dans les pelotons ? As-tu une anecdote à nous raconter ?

En général, les autres coureurs rigolent bien, lancent des petites vannes du style « tu triches, tu fais des pas plus grands que nous ! », mais ça ce passe toujours très bien entre coureurs…
Une anecdote ? Il arrive que des coureurs courent avec le portable et pilent devant moi quand celui-ci se met à sonner. Quand ça arrive, je leur passe par-dessus en écartant les jambes pour les éviter, et la c’est la surprise, ils hallucinent !

Quel est ton plus beau souvenir de course en échasses ?

C’était en 2007 sur les 24h de Monaco à la no finish line. Ce fut ma première rencontre avec S.A.S le prince Albert ll de Monaco avec qui j’ai pu parler de ma passion un petit moment.

Lors du dernier marathon de Paris, il semble que tu aies rencontré quelques soucis, que s’est-il passé ? Seras tu au départ du marathon de Paris 2010 ?

Le support du pied s’est cassé, ce qui m’arrive rarement. J’ai été obligé d’abandonner puisque je n’ai pas de rechange sur place. Ce fut une grande déception car j’avais fait venir du monde pour m’aider dans la course et beaucoup de personnes m’attendaient sur le parcours.
Je serai bien présent au départ du marathon de Paris 2010, et ensuite je partirai pour les USA où je vais parcourir les 4000  km de la route 66 en échasses.

Merci Manu, d’avoir pris le temps de répondre à mes questions. Et bonne route !

Le site de Manu

Suivez les aventures de Manu l’échassier landais coureur sur son site officiel : Echassier.unblog.fr

* Les échassiers landais étaient principalement les bergers, seuls à être « tchanqués » (équipés d’échasses en gascon) avec les facteurs et « coureurs » de nouvelles. L’usage des échasses remonterait au XVIIIe siècle et prend fin au XIXe siècle.

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1 commentaire

  1. Bel article et belles photos (surtout la première, c’est moi qui l’ai prise NFL Monaco 2009…)

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