[Récit] Meneur d’allure: le plaisir de courir pour les autres

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Meneur d'allure : le plaisir de courir pour les autresVous qui participez à des courses vous les avez sans doute déjà aperçus avec leur ballon ou leur drapeau dans le dos. Certains d’entre-vous les ont doublés, d’autres se sont faits doubler mais surtout beaucoup d’entre vous les ont suivis pendant des kilomètres et des kilomètres.

Eux? Ce sont les meneurs d’allure.

J’ai eu la chance de devenir meneur d’allure le weekend dernier pour les 10 km du 14ème arrondissement de Paris, première manche du Paris Running Tour.  Je voulais faire partager cette expérience aux lecteurs de jogging-plus.

Qu’est ce qu’un meneur d’allure?

Être meneur d’allure consiste à réaliser un certain chrono sur une certaine distance. Mais ce n’est pas tout. Être meneur d’allure c’est courir pour soi certes mais avant tout pour les autres.

Le briefing d’avant course

Une heure et demi nous sépare du début de la course quand je retrouve l’équipe de meneurs d’allure engagée par les responsables de l’épreuve. On m’avait prévenu : « on se retrouve une heure et demi avant la course pour un briefing, soyez à l’heure »… J’y étais… En avance même… Une sorte de test de rigueur et de sérieux, qualités clairement exigées pour accomplir notre mission.

L’équipe est dirigée par Cyril, multiple finisher de courses d’endurance et meneur d’allure depuis des années. Un local nous est réservé dans l’enceinte de l’annexe de la mairie du 14ème. En passant le seuil de la porte j’aperçois les différentes flammes que nous porteront bientôt dans notre dos bien alignées les unes à côté des autres.
Le briefing de Cyril ne se fait pas attendre. La consigne est simple. 10 km à réaliser en 40 min max (sans non plus finir en 39 min bien entendu…).

Je suis rapidement informé qu’il ne suffira pas simplement de courir. Il faut que je me rende disponible et que je sois en mesure de discuter, motiver, encourager et pousser tous les runners qui mettront en moi leur espoir d’accomplir leur objectif. Ce sera même mon rôle le plus important que de les soutenir. Car si les meneurs se voit attribuer des missions qui sont en terme de chrono largement supérieures à ce dont ils sont capables, les coureurs eux visent tout juste un objectif avec lequel ils flirtent à l’entraînement.

45 minutes avant la course Cyril nous aide à enfiler nos baudriers qui serviront de support à nos flammes. Après des passages de porte scabreux compte tenu de la taille des flammes nous voici dehors et nous voici surtout devenus l’objet de tous les regards. Grisant mais impressionnant. Pour ajouter un petit peu de stress inhérent à ma future mission me voilà interviewé par le speaker de la course qui me demande comment j’envisage de gérer mon effort. « Le plus régulièrement possible du début à la fin » je lui réponds, impressionné. Après quelques minutes d’échauffement et quelques réponses à des coureurs curieux de me voir avec ma flamme dans le dos je prends place sur la ligne de départ, aux avant postes.

Sur la ligne avant la course

Équipé de ma flamme 40min je prends donc place au milieu d’une foule sympathique de runners aux larges sourires venus en découdre avec le chrono. Des sourires de mon côté également mais surtout du stress. Tous ces coureurs qui vont me suivre pour accomplir leur objectif. Tous ces gens qui comptent sur moi… Je ne sens d’ailleurs plus cette flamme qui me gênait quelques instants auparavant.

Des poignées de main, des mots d’encouragements, je suis prêt.
Je sais, connaissant déjà ce parcours, qu’il va falloir bien gérer l’effort de course. Partir un peu plus vite pour ralentir ensuite? Partir et poursuivre à allure constante comme je l’ai annoncé au micro du speaker? Partir plus lentement et accélérer à la fin? Quelle décision prendre… Je n’en sais encore rien jusqu’au coup de pistolet marquant le départ.
9h30 c’est parti!

La course

C’est décidé je pars un peu plus rapidement et je ralentirai pour finir légèrement sous les 40min. Les premiers mètres de ces 2 boucles de 5 km défilent Rue des Plantes et je n’engage pas la conversation de crainte de perturber les coureurs. Je me souviens alors des paroles de Cyril: « tu es là pour courir mais surtout pour les motiver et influer sur leur mental ». Je commence alors à lancer des encouragements et à haranguer ceux qui sont à mes côtés.

Au km 2, Rue Raymond Losserand, une longue montée précède la descente de la Rue du commandant Mouchotte. Je rappelle à cet instant à mes partenaires de course, au milieu d’encouragements divers et variés, de penser à maintenir en permanence une allure constante et de na pas tomber dans le piège de l’accélération en descente. Mieux vaut selon moi faire un effort à la montée pour garder son allure et se servir de la descente pour se reposer et ne surtout pas accélérer. Le 4ème kilomètre s’étire du Boulevard Edgar Quinet jusqu’au travers du cimetière du Montparnasse. Là le parcours roulant me permet d’encourager encore plus fort mes compagnons de course et de vérifier, comme depuis le début de la course, que je suis dans les temps. Un rapide coup d’oeil à ma montre au km 4: 15’57 ». Parfait!

Vers la fin de la première boucle ça remonte très sec sur 100m Rue Charles d’Ivry puis le parcours redevient plat jusqu’au passage du km 5 que je franchis en… 19’57.

La deuxième boucle commence et les mêmes encouragements et conseils se poursuivent. Alors que je maintiens maintenant mon allure constante je commence inexorablement à perdre quelques uns des candidats aux 40min. C’est le jeu…

En ce qui me concerne plus de stress. J’ai le sentiment d’avoir bien compris ce qu’on me demandait et je m’y donne à coeur joie. Je me sens tellement bien. Les bruits des pas derrière moi me surmotivent. Je tente de palier aux faiblesses de certains par mes encouragements: « allez! », « c’est bien », « on ne lâche pas »… J’y arrive mais pas pour tout le monde. Je perds encore quelques coureurs mais le gros du groupe de départ est là et la ligne d’arrivée se rapproche.

L’arrivée: la récompense

Sur les derniers mètres je donne tout ce que je peux en encouragements et cela paie. Les sourires réapparaissent et le parfum de victoire se lit déjà sur les visages. Le passage de la ligne se fait en 39’53…

Cyril avait raison. Quelle satisfaction d’avoir tous ces gens qui viennent vous remercier. Au départ une peur dissimulée d’être la cause de leur échec m’avait envahie mais là le simple fait d’avoir contribué à leur réussite est incroyablement gratifiant. Questionnements , remerciements, analyse de la course, partage des sensations… Tout le monde y va de son mot gentil envers moi sauf un ou deux coureurs qui me reprochent d’avoir accéléré au 5ème km. Peu importe. Comme le dit Cyril “on est pas des robots”.

Conclusion

Vous l’aurez compris être meneur d’allure est une expérience exceptionnelle que j’ai eu la chance de vivre.
J’ai découvert qu’un meneur d’allure n’est pas un simple lièvre qui utilise ses jambes pour vous amener à une performance mais bien quelqu’un qui doit influer sur votre mental. mental qui, tout comme le corps, joue lors d’une course un rôle moteur. Une expérience sportive donc mais humaine également. J’ai adoré. Un grand merci à Cyril pour m’avoir donné la chance de vivre cette expérience.

Bertrand pour Jogging-Plus

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