[Récit] Mon marathon de Paris 2009 en 3h12′

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Marathon de Paris 2009Séduit par les récits de Sia, Karatekoud et Ludo, j’ai décidé d’écrire moi aussi le récit de mon marathon de Paris 2009, le 2ème marathon de ma carrière de coureur.

Après un premier marathon en 2008 (celui de Paris également) couru en 3h29, mon objectif était cette année de passer sous les 3h15′. J’ai donc suivi un plan d’entraînement marathon 3h sur 10 semaines.

L’an dernier pour mon premier marathon de Paris, j’ai vécu une course magique, émerveillé par l’ambiance et la solidarité qui régnaient sur la course. Pour ma 2ème participation, je n’ai pas été déçu: toujours la même ambiance, et j’ai atteint mon objectif. Voici les détails de cette folle matinée.

5h45 : le petit-dej, 3h avant le départ

Normalement le dernier repas doit être pris 4h avant le départ du marathon… J’allais quand même pas me lever à 4h45, on dira que 3h à l’avance c’est bien aussi.

Tout seul dans la cuisine, sous la faible lumière d’une petite lampe d’appoint pour ne pas gêner le sommeil de ma copine qui dort dans la chambre toute proche, l’ambiance de ce dernier repas me donne l’impression d’être un condamné. C’est presque ça: au bout du chemin, l’enfer ou le paradis… Sauf que c’est moi qui ait choisi la sentence.

Au menu: eau, thé sucré, riz au lait, pain aux graines beurré, 1 tranche de jambon blanc, de la confiture, 1 kiwi.

Contrairement à ce que préconisait le plan d’entraînement marathon 3h que j’ai suivi, je n’ai pas couru hier, j’ai préféré me reposer. Ce n’est certainement pas ces 20 minutes manquées qui vont me faire râter ma course.

Pour faire le marathon en 3h, il faut courir en 4’16 » au km, je ne compte pas partir sur cette base, c’est encore trop ambitieux pour mon niveau. Je pense plutôt partir sur une base de 4’30 » au km, ce qui devrait faire un temps final proche de 3h10′, si je tiens le rythme jusqu’au bout…

L’an dernier, j’ai couru mon 1er marathon en 3h29′. Après un an d’entraînement très sérieux sans blessure, faire plus de 3h15′ serait une déception.

Après le petit-déj, je me recouche mais impossible de me rendormir. De toute manière il 6h30, je ne compte pas partir trop tard, je suis du genre à arriver 1h à l’avance pour les rendez-vous importants… On ne sait jamais, une grève surprise est si vite arrivée!

7h15: en route vers les Champs !

Le sac en bandoulière (préparé la veille pour être sûr de ne rien oublier) je me dirige vers la gare. J’emporte un demi litre de boisson d’apport glucidique que je siroterai régulièrement par petites gorgées d’ici le départ (1.5L avant hier, 1.5L hier, je commence à saturer…).

Sur le quai du RER, un groupe d’italiens attend également le train, leurs tenues ne trompent pas sur la destination . Il est encore tôt, ce n’est pas encore la grande foule. Le groupe de coureurs rigole fortement: soit ils sont vraiment détendus, soit ils essaient de faire passer la pression; qui monte qui monte…

Dans le wagon, des coureurs à perte de vue… et des gens « normaux » qui doivent se demander qui est le plus fou dans l’histoire. Et elle? Elle y va aussi? Elle a un sac de sport mais ça veut rien dire, elle peut très bien être sur le chemin du boulot… Et lui? Déjà en short et tee-shirt, dossard épinglé, c’est sûr il est des nôtres, déjà prêt à en découdre avec le chrono!

Station Charles De Gaulle Étoile, le peloton envahit le quai et se dirige vers la sortie. Je ne les suis pas, je suis un peu privilégié, mon entreprise dispose de locaux avec vestiaire dans une rue proche des Champs.

Le vestiaire

Au vestiaire, les conseils fusent de partout. Tu devrais essayer cette crème anti-frottement, elle est magique! Et ces pansements, une seconde peau! Adieu les ampoules !

Idem pour l’historique des bobos pouvant éventuellement servir d’excuse à l’arrivée: « 2 semaines que j’ai la crève, je sais pas ce que ça va donner… », « je sors d’une tendinite, j’espère que ça va tenir », « j’ai fait du laser, fini les douleurs aux tendons d’achille! ».

Je ne suis pas en reste, cela fait partie de la préparation mentale, on se rassure, on se motive, on décompresse…

Cette année, je ne referai pas l’erreur de l’an dernier quand j’avais déguisé mes orteils en poupée pour leur éviter des ampoules. Le résultat fut pire que tout : grosses ampoules de sang, ongles déchaussés…

Non; cette année, pas de pansements, mais 10 litres de crème anti-frottement: sur les pieds, sur l’intérieur et l’extérieur des chaussettes, plus un millimètre carré de chaussettes ne baigne pas dans la crème!

Un peu sur les tétons aussi… Je me sens un peu con de faire ça, mais bon il parait que 3-4h de course et de frottement sur le tee-shirt peuvent les irriter jusqu’au sang, donc ce qui serait con ce serait plutôt de prendre ce risque!

J’enfile mon tee-shirt avec le dossard épinglé depuis la veille, j’enroule ma ceinture de munitions: 7 cartouches d’engerie en gel autour de la taille, les pavés n’ont qu’à bien se tenir, je suis prêt!

En sortant du vestiaire je croise un collègue que je connais, on discute un peu, on s’encourage, mais je ne l’attends pas, je suis déjà concentré sur ma course et on n’est pas de toute manière pas dans le même sas de départ.

0h0’00 » – Le départ

Le départ est dans 20 minutes, j’ai bien traîné au vestiaire, je préfère ça que d’arriver tout stress à la dernière minute.

Quelques minutes d’échauffement. Pas convaincu que ce soit bien utile, j’en profite plutôt pour observer ce qui se passe autour de moi.

On s’échauffe et s’étire dans tous les coins, certains manquent parfois de se rentrer dedans. Les murs des immeubles sont arrosés de toute part, eux aussi font avoir droit à leur part de boisson hyper glucidique…

A 15 minutes du départ, les sas sont déjà bien remplis, et le speaker nous annonce une météo idéale pour courir un marathon, idéale pour faire tomber les records… C’est de bonne augure.

Je rejoins mon sas au moment où le départ des handisport et des mal voyants est donné, tout le peloton les applaudit pour les encourager, chouette ambiance!

Plus que dix minutes, je regarde la foule des coureurs derrière moi, les spectateurs ont escaladé les arrêts de bus pour mieux voir leurs champions, je lis quelques pancartes (Vas-y Lolo !), j’admire ce qui vont courir ces 42 bornes déguisés en cochon, en personnage du 118, en clown, ou encore ceux qui porteront durant toute la course une banderole à deux, chacun tenant un piquet. C’est déjà assez dur en tenue classique et les mains libres, alors chapeau bas!

3 ! 2! 1 ! Le coup de feu et les premières notes des Chariots de feu de Vangelis libèrent la foule des 31 000 coureurs au départ de ce marathon de Paris 2009. La musique nous donne des ailes, et le frisson aussi !

51 secondes après le départ officiel, je franchis la ligne de départ, les puces bippent de partout, j’espère qu’ils ont bien pris la mienne en compte, je déclenche mon chrono pour preuve au cas où 😆 , c’est parti !

Je repère le maire de Paris sur le podium du départ, juste histoire de le voir en vrai, et hop, à l’assaut de Paris!

0h21’05 » – KM 5

Les 2 premiers kilomètres en descente facilitent le départ. Je me sens détendu, je déroule tranquillement la foulée, en évitant tant bien que mal les coureurs que je rattrape. Heureusement, ce qui me doublent en font autant, tout se passe pour le mieux du monde, et dans une super ambiance!

Au kilomètre 5, devant l’hôtel de ville de Paris, mes parents supporters m’attendent avec une énorme banderole portant mon prénom, je ne risque pas de les manquer! Eux aussi vont se faire le marathon: ils seront à plusieurs endroits sur le parcours pour m’encourager: château de Vincennes (km 13), voie G. Pompidou (km 29) et sur l’avenue Foch un peu avant l’arrivée.

Je réalise que je me suis laissé entraîné par la descente du départ et mes bonnes sensations. J’ai déjà 1’30 » d’avance sur le rythme que je m’étais fixé, c’est énorme, je risque l’explosion en plein vol si je continue comme ça!

Je décide de ralentir, mais pas facile de se freiner quand on se sent bien. Je laisse filer les meneurs d’allure 3h, et j’en profite pour prendre un 1er gel énergétique. Pas top le goût… Heureusement je capte une bouteille d’eau au premier ravito (ne jamais cumuler gel + boisson énergétique, une surdose de sucre peut donner des grosses crampes d’estomac pouvant aller jusqu’au vomissement).

0h42’29 » – KM 10

J’ai ralenti, mais je suis toujours trop rapide, j’ai maintenant 2’30 » d’avance sur mon plan de bataille. Encore un petit effort pour ralentir ! Je me rassure, la fatigue aidant, ça devrait être de plus en plus facile de ralentir…

Je respecte à la lettre les consignes d’alimentation énergétique en course: pas de gel au 10ème km, mais après ce sera un gel tous les 5 km. Et du 5ème au 40ème km, j’ai toujours gardé une bouteille d’eau à la main, afin de pouvoir m’hydrater régulièrement. Ça m’a valu une bonne courbature au coude le lendemain mais ça doit être moins douloureux qu’une déshydratation!

1h04’24 » – KM 15

Quel beau temps ! Je profite du paysage tant que je me sens bien, et j’apprécie réellement la ballade dans le bois de Vincennes. Le soleil printanier, le jeu d’ombres…

1h04’24 », je viens de battre mon record sur 15 km qui datait des foulées de Charenton 2008 (1h06′). Je n’ai pas pu y participer cette année, je me dis que je dois bien pouvoir descendre sous l’heure maintenant, ou pas loin en tous cas.

Au 19ème kilomètre, mon beau-frère est là pour m’encourager ! Il est en tenue, il court 500m avec moi, on papote, une photo, 3 petites foulées et puis s’en va, son jogging dominical l’attend. Merci d’être passé !

1h31’26 » – KM 21.1

La mi-course! J’ai maintenant 3 minutes d’avance sur mes prévisions, j’ai assez bien ralenti, je n’ai pris que 30 » dans les 10 derniers kilomètres.

Le passage sous la banderole du semi-marathon a des allures d’un passage en haut d’un col du Tour de France. Le soleil est là, ça monte, l’arche gonflable trône au dessus de la ligne verte marquée au sol, une « grande » descente nous attend derrière, la foule est nombreuse au rendez-vous et encourage les coureurs par leur prénom écrit sur le dossard (quelle bonne idée!). Il ne manque plus que les noms écrits par terre et les camping-cars, quel bon moment !

Je réalise que je suis en train de battre mon chrono du semi-marathon de Paris (1h31’33 ») alors que je l’avais fini sur les rotules… Comme quoi gérer sa course n’est pas inutile: au semi-marathon j’étais parti sur une base de 4′ au km et j’ai explosé au 16ème. Bon c’est vrai que les conditions ne sont pas les mêmes non plus, il pleuvait et j’avais une bronchite (on en revient aux excuses du vestiaire  😆  )

1h49’04 » – KM 25

Au kilomètre 23, ma petite femme est là pour m’encourager, je m’arrête 3/4 de seconde, un bisous et ça repart!

Sous la banderole des 25 km, j’ai encore accru mon avance, elle est maintenant de 3’30 », je me dis que c’est toujours ça de pris pour le moment où j’exploserai. Mais pour l’instant, les sensations sont encore bonnes.

2h12’46 » – KM 30

Je commence à sentir la fatigue, et là je ne m’inquiète plus d’aller trop vite, c’est plutôt l’inverse qui me tracasse ! Mais ça reste supportable, ce n’est pas encore « le mur ».

On passe en face de la Tour Eiffel, c’est pas mal comme vue!

2h36’53 » – KM 35

Vers le 33ème, je commence à avoir du plomb dans l’aile. Les tunnels où l’an dernier je reprenais les « on n’est pas fatigué » du peloton sont cette fois-ci un calvaire. J’ai un violent mal de ventre, je mets les warnings, me serre sur la bande d’arrêt d’urgence et je ralentis fortement le temps de faire passer la douleur. Je prend un rythme de 4’50 » au kilomètre environ.

D »ailleurs cette année, pas de chants sous les tunnels. Tout le monde est fatigué? Ou alors c’est que dans le peloton des 3h10′ tout le monde est là pour faire un chrono et non pour s’amuser ?

A l’approche du bois de Boulogne je reprends des couleurs, mais maintenant ça brûle dans les cuisses.

Au 35ème, mon avance a bien fondu, elle s’est réduite à 30 ». Je commence à cogiter… Plus que 7km, si jamais je craque et que je les cours en 6′ du km, j’arriverai grosso modo en 3h19′. Non, c’est pas ça, recommence! Si si, c’est bien ça! Mince, faut pas faiblir, objectif moins de 3h15′ !

3h01’30 » – KM 40

C’est bon je tiens. Me rappelle pas avoir eu si mal aux jambes, mais je suis à deux doigts de réussir mon objectif, c’est un pur bonheur!

Allez, courage! Plus que 10 minutes à tenir ! Je pense à la raclette fumée qui m’attend à la maison, ça m’ouvre l’appétit et me redonne des forces.

A ce stade, le plus dur est passé, je sais que je vais atteindre mon objectif, je m’arrêterais presque pour boire un petit canon au stand du marathon du Médoc pour fêter ça !

3h12’03 » – Arrivée: objectif atteint !

Je trouve l’énergie d’accélérer dans les 200 derniers mètres, 3h12! C’estgénial, je suis super content d’avoir atteint mon objectif. Je crois que je vais laisser ma montre comme ça, ne jamais remettre le chrono à zéro, pour garder mon super temps à jamais.

Je repense aux sorties longues du plan marathon, qu’est ce que je trouvais le temps long! Mais ça en valait bien la peine, le résultat est là !

Je titube tant bien que mal jusqu’aux coupeurs de puces. Je passe devant les vestiaires, je grimace en pensant que ce matin, j’avais l’impression d’être privilégié grâce au vestiaire d’entreprise mais là je regrette un peu ! Plutôt que de me poser tout de suite, je dois remonter toute l’avenue Foch et retrouver l’adresse du vestiaire! Enfin, il y a pire comme galère…

L’après-midi, bercé par la satisfaction d’avoir fait une bonne course, je fais une bonne sieste et des rêves de champions.

Toutes les infos sur cette course

Lire la fiche descriptive du marathon de Paris.

7 Commentaires

  1. Beau compte-rendu 🙂
    Quelle pêche tu avais ! Battre 3 records (15km, semi, et marathon) en une fois, c’est une grosse journée !
    Comme tu le remarques bien, entre le km35 et l’arrivée, tu dois beaucoup à tes sorties longues qui permettent de ne pas lâcher, mais le mental joue aussi.

    Bravo pour cette course, et ce défi relevé haut la main !

  2. Bravo Fab, beau récit et beau chrono : 3h12 ça commence à être sérieux.
    Si mes calculs sont bons, ça fait les templiers en moins de 6h00, et donc le podium au bout !

    Contrairement à d’autres (http://premiermarathon.blogspot.com/2009/04/mon-premier-marathon-une-experience.html) tu n’as pas eu le droit à l’alerte incendie lundi au boulot : dommage pour tes jambes !

    Pour ma part j’ai assisté tranquillement à la diffusion télé de la dernière heure de course, c’est assez magique et réellement très impressionnant la course des coureurs « élites ».

    Bonne récup

  3. Bravo pour ton temps ! ! !
    Et quel arsenal pour aller affronter le marathon :), une grenade de 1/2l, puis des cartouches perforantes :).
    On a tous deux points communs : la joie et la souffrance :). A ce rythme tu vas faire moins de 3h l’année prochaine :).

  4. enorme !
    beau récit et belle perf c’est un régal de relire des récits comme celui la ou encore celui de karatekoud. Ils permettent de revivre cette épreuve et d’avoir qq frissons une semaine après.
    j’avoue etre bluffé par cette marge de progression en une seule année !!
    j’aimerais bien arriver a cela !! (envieux !!)
    je vais jeter un coup d’oeil aux plans 3h 3h15 pour voir ce qui est possible et l’année prochaine je refait le coup :
    1 – je regagne un dossard par tirage au sort 😉
    2 – j’en profite pour bénéficier du vestiaire enterprise vip
    3 – je claque une perf (aie !! le plus dur)

  5. Merci pour vos commentaires!
    Je m’étais bien préparé et cela a payé, ça fait plaisir quand tout se passe bien comme prévu.
    C’est vrai que j’ai bien progressé par rapport à l’an dernier, mais je ne pense pas pouvoir gagner 1/4h tous les ans! Viser les 3h l’an prochain sera peut-être trop ambitieux, je vais peut-être d’abord essayer de m’améliorer sur 10km et semi.

    Tuxpux,
    C’est tout le mal que je te souhaite, mais je serais toi je m’inscrirais quand même plutôt que tout miser sur le tirage au sort, on ne sait jamais 😉

  6. bravo,j’ai couru que des semis sur dakar,somone,lac,rose(SENEGAL)
    je suis impatiente d’être au marathon de Paris l’année prochaine
    car je rentre en aout en france ton récit génial il donne envie d’y être déjà
    encore bravo
    merci

  7. quel beau récit Fabien!! J’ai malheureusement arrêté la course a pied après des problèmes de dos mais ça me manque trop!

    A quand le prochain marathon pour toi?
    Celine, la cousine-;)

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