Pronation ou supination : qu’est-ce que c’est?

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Pronation et supinationLa chaussure de course à pieds, la « running » est l’instrument ultime, indispensable à la pratique des coureurs de tous niveaux.

Au-delà de l’outil marketing qu’elle représente pour les marques, elle joue un rôle essentiel dans la répartition des contraintes (charge ou impact, type d’appui, de glissement, de guidance orthopédique). Elle est à l’origine d’essais, d’interrogations sur sa légèreté, son drop, son laçage mais aussi et surtout sa tendance : Pronatrice / Supinatrice / Universelle.

Ce questionnement sur la chaussure est le premier à être abordé avec le coureur à pieds lors des consultations en traumatologie du sport. Selon la tendance, il pourra y avoir harmonie ou conflit entre le chaussant et le chaussé.

Mais avant d’évoquer la chaussure de running plus en détails, il conviendra de définir concrètement:

  • Que sont la pronation et la supination?
  • Quand interviennent-elles dans le cycle d’appui de la course et pourquoi ?
  • Que faire lorsqu’il y a excès de l’une ou l’autre ?

Prochainement, dans un autre article, nous ferons un parallèle avec les différents modèles de chaussures proposées à la vente, leurs caractéristiques et leurs limites.

Nous traiterons également des idées reçues sur les appuis pronateurs / supinateurs.

Que sont la pronation et la supination?

La pronation et la supination ne sont pas des maladies, c’est pourquoi il ne faut pas s’y opposer systématiquement.

Il s’agit de mouvements complexes initiés au niveau des articulations de l’arrière-pied qui vont guider celles du medio-pied et celles de l’avant-pied.

La course est caractérisée par une alternance de pronation et de supination selon la phase d’appui dans laquelle le coureur se trouve. Il est donc illusoire de vouloir classer un pied selon une seule et même tendance.

S’opposer à un type d’appui engendre une perturbation de la biomécanique du pied, et par ricochet, une perturbation de la biomécanique du squelette tout entier.

Physiologie du mouvement (approche théorique)

 Il existe 2 grands type de courses:

  1. Course dite Talon – Plante – pointe (65 – 70 % des coureurs)
  2. Course sur medio – avant pied (30 % des coureurs)

Nous décrirons ici ce qu’il se passe dans la première, d’une part car celle-ci représente une majorité de coureurs et d’autre part, car les chaussures appelées pronatrices ou supinatrices initient leur correction dès le contact talon-sol.

De manière schématique, lors du contact talon-sol, l’arrière-pied est positionné en supination (partie postéro-externe de l’os du talon en contact avec le sol). Ce positionnement est essentiellement lié à l’alignement du membre inférieur avec son centre de gravité. Cette phase dite taligrade est plus ou moins marquée selon le sportif.

Puis, durant le premier tiers de l’appui, le pied va passer en pronation pour venir se coucher sur son bord interne, et progressivement prendre contact dans son intégralité à la fin de ce premier tiers. On observe alors une « bascule » du pied en dedans sur son bord interne avec saillie de la malléole tibiale et diminution de la hauteur de voûte plantaire (« pied à plat »).

Cette pronation vise à mettre sous tension les structures musculo-aponévrotiques qui relient l’arrière à l’avant pied dans le but d’absorber l’énergie renvoyée par le sol.

Durant le 2e tiers de l’appui, le pied va refaire de la supination pour amorcer la propulsion à venir. L’énergie absorbée lors du contact talon-sol est donc transférée d’arrière vers l’avant pour activer la propulsion.

En phase de poussée finale (dernier tiers de l’appui : talon décollé), le pied repart en pronation pour terminer la poussée sur le gros orteil.

Ceci reste un rappel théorique, chaque coureur ayant ses caractéristiques propres. Certains feront très peu de supination à l’attaque du talon, d’autres pourront terminer la phase de poussée préférentiellement sur les 2 ou 3 derniers orteils externes au lieu du gros orteil.

Le plus important pour le coureur ne sera pas de rentrer parfaitement dans la description ci-dessus, mais plutôt de trouver le moyen de cohabiter avec ses déséquilibres lorsqu’il en existe, de vivre dans une sorte de « déséquilibre équilibré ».

Cette cohabitation peut se faire naturellement. Si ce n’est pas le cas, le coureur aura besoin de l’intervention d’un tiers pour l’aider à ajuster ses paramètres biomécaniques. Ce tiers sera :

  • un ostéopathe, qui recherchera des asymétries (inégalité de longueur du membre inférieur / rotations du bassin) ou des tensions anormales des différentes chaînes musculaires, pouvant être à l’origine de la modification de la pronation ou de la supination.
  • un kinésithérapeute du sport, qui favorisera le renforcement musculaire, indispensable au bon équilibre des appuis plantaires et au bon déroulement des mouvements de prono-supination. Il rétablira également les déséquilibres de force qui existent entre des muscles antagonistes (muscles situés de part et d’autre d’une articulation ou d’un os et qui s’opposent en ce qui concerne leur fonctionnement, ex: quadriceps qui fait de l’extension de jambe et ischios-jambiers qui font de la flexion de jambe).
  • un podologue du sport, qui évaluera le chaussant (amorti / drop / facilitation du déroulé du pas), recherchera des déséquilibres posturaux lors de la foulée (ensemble des mouvements d’un même membre inférieur depuis le contact d’un pied au sol jusqu’au prochain contact au sol du même pied), cherchera à définir un profil (coureur « aérien » – coureur « terrien »).

Au-delà des semelles orthopédiques correctrices, souvent conseillées en cas de sur-sollicitation, le podologue aidera le coureur dans le choix des runnings, en fonction de ses propres paramètres biomécaniques et non en fonction de la tendance du moment.

Pronation et supination : conclusion

La pronation et la supination sont des mouvements physiologiques complexes qui associent différentes articulations du pied et qui se succèdent durant les différentes phases d’appui. Il ne faut en aucun cas s’opposer systématiquement à celles-ci. La correction se fera uniquement si l’amplitude est excessive et à l’origine d’un déséquilibre postural du coureur.

Maintenant que ces notions de pronation et de supination n’ont plus de secrets pour vous, nous traiterons prochainement des grands principes d’action des chaussures dédiées à la course utilisant cette prono-supination. Nous évoquerons les idées reçues concernant celles-ci et l’intérêt éventuel de porter une chaussure dite correctrice.

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Matthieu TOULZA
Podologue – Biomécanicien
Podologue du Sport (Paris)

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